Skip to content
November 3, 2026
Amore di Sicilia

news 24/7

Psychologie et développement personnel

Remettre en question ses convictions : des stratégies pour cultiver l’ouverture d’esprit

Julian Thorne
Challenging Fixed Beliefs: Strategies for Cultivating Open-Mindedness

Les romanciers explorent souvent les difficultés de la compréhension humaine. Léon Tolstoï observait : «Les sujets les plus difficiles peuvent être expliqués à l’homme le moins perspicace s’il ne s’en est pas déjà fait une idée ; mais la chose la plus simple ne peut être éclaircie pour l’homme le plus intelligent s’il est fermement convaincu de savoir déjà, sans l’ombre d’un doute, ce qu’on lui présente».

Cette remarque rejoint une vision longtemps soutenue par la psychologie : beaucoup résisteraient fortement au changement d’opinion. Cette rigidité, amplifiée par les réseaux sociaux, a souvent été invoquée pour expliquer la polarisation politique croissante des vingt dernières années.

Des résultats récents sont toutefois plus encourageants. Une nouvelle publication de Stephanie Dolbier, de l’université de Californie à Los Angeles, et de ses collègues présente plusieurs moyens de favoriser l’ouverture d’esprit. La capacité à supporter l’inconfort émotionnel semble déterminante.

Comprendre l’ouverture d’esprit

Comme beaucoup de traits psychologiques, elle se répartit sur un continuum. On l’évalue notamment par l’adhésion à des affirmations telles que :

  • Il faut tenir compte des preuves qui contredisent les conclusions que l’on préfère.
  • Face à une question difficile, il faut envisager plusieurs réponses avant de conclure.

La position opposée peut se traduire ainsi :

  • Changer d’avis est un signe de faiblesse.

Les personnes qui approuvent fortement les deux premières propositions et rejettent la troisième sont généralement plus ouvertes. Elles acceptent d’examiner d’autres perspectives et de réviser leurs opinions à partir d’informations nouvelles, plutôt que de s’en tenir rigidement à une position.

Les avantages de la souplesse intellectuelle

Cette attitude offre des bénéfices concrets. Philip Tetlock, de l’université de Pennsylvanie, et ses collègues ont montré son intérêt pour la précision des prévisions. Dans un concours de deux ans réunissant plus de 700 personnes, les «superprévisionnistes», nettement meilleurs que la moyenne, étaient plus disposés à réviser leur avis devant de nouveaux éléments.

La souplesse mentale protège aussi contre les croyances irrationnelles. Les théories du complot exploitent souvent des conclusions trop rapides sur des événements complexes ; un esprit ouvert favorise un examen plus approfondi.

Les obstacles à l’ouverture d’esprit

La mettre en pratique peut être difficile. Reconnaître une erreur peut être embarrassant et blesser l’ego ; certains conservent donc leur opinion pour ne pas perdre la face. Les convictions religieuses ou politiques sont aussi liées à l’identité, si bien que les modifier peut sembler menacer toute l’image de soi.

Pour protéger l’ego, le cerveau recourt au «raisonnement motivé» : il recherche ce qui conforte ses présupposés, quitte à accepter des erreurs logiques ou des informations fausses, ou à réagir sur la défensive.

Des stratégies pour cultiver l’ouverture d’esprit

Il faut donc du courage pour traverser cet inconfort. Mieux reconnaître ses émotions constitue une première étape. Une étude de 2019 sur le «raisonnement sage» a montré que les personnes décrivant leurs émotions avec nuance envisageaient mieux des perspectives diverses que celles les classant simplement comme «bonnes» ou «mauvaises».

Cette conscience peut révéler que la frustration face à un avis différent ne vient pas forcément de l’ignorance supposée de l’autre, mais d’une difficulté à exprimer ses idées ou de la peur de paraître peu intelligent. Elle permet alors d’examiner ses arguments et de reconsidérer sa position.

Elle peut également expliquer pourquoi la pleine conscience aide certaines personnes à raisonner plus rationnellement : observer ses états intérieurs permet de reconnaître et d’éviter les réactions réflexes aux opinions contraires, pour parvenir à des conclusions plus équilibrées.

Le jeu de rôle offre une autre piste. Dans une étude, les participants devaient adopter intérieurement un personnage répondant aux difficultés avec objectivité scientifique et recul analytique. Après cet entraînement, ils se montraient plus ouverts sur des sujets controversés, dont le conflit israélo-palestinien. Les effets positifs persistaient au moins cinq mois lors du suivi.

On peut aussi replacer un désaccord dans l’ensemble de sa vie. Lors d’un débat animé, on oublie souvent ses multiples identités, valeurs et talents, comme si toute sa valeur dépendait d’avoir raison sur un point. Se rappeler sa loyauté, sa créativité ou son humour réduit la menace perçue. Cette méthode semble surtout efficace chez ceux qui reconnaissent déjà leur propre possibilité de biais.

Enfin, considérer les émotions difficiles comme des signes de progression peut aider. Des expériences montrent que rappeler la possibilité de développer ses capacités cognitives encourage des échanges plus constructifs avec ceux qui pensent autrement. Les erreurs deviennent des occasions d’apprendre, et l’on accepte plus facilement que d’anciennes convictions aient été inexactes.

Dolbier et ses collègues soulignent que plusieurs méthodes doivent encore être validées dans des contextes variés et que d’autres apparaîtront probablement. La recherche fournit néanmoins un point de départ prometteur. L’auteur compte essayer certaines de ces stratégies lorsque ses convictions seront contestées.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *